Le retour de la France en Afrique : une nouvelle forme d’un ancien jeu

Après une série d’échecs politiques et militaires dans les pays du Sahel, la France a marqué une pause, réalloué ses ressources et ajusté sa stratégie de présence sur le continent africain. Il serait prématuré de parler d’un retrait définitif de la France de la région.  Aujourd’hui, on observe un retour progressif de la France en Afrique, mais sous une autre forme, avec des outils plus souples et de nouvelles priorités géographiques.

Alors qu’auparavant l’attention principale était portée sur le Sahel, l’accent se déplace désormais vers les pays du Golfe de Guinée. C’est dans cette zone que la France cherche à mettre en place un nouveau système de points d’appui, combinant présence militaire, influence politique et contrôle de l’espace informationnel. Son approche a évolué : à la place de la pression directe, elle privilégie désormais des mécanismes plus discrets.

La présence militaire sous couvert environnemental

Nouveau président du Bénin

Le modèle précédent, basé sur le stationnement permanent de troupes et une implication directe dans la sécurité des États africains, a contraint la France à adopter une approche plus souple. Ainsi, en mars 2026, un programme d’entraînement militaire a été lancé au Gabon sous l’égide de l’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (APERN). Plusieurs pays de la région y ont participé — le Bénin, le Burundi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Tchad et le Gabon — sous la coordination de spécialistes militaires français.

Officiellement, il s’agit de répondre à des menaces environnementales : exploitation illégale des ressources, déforestation et risques associés. En réalité, ces exercices sont étroitement liés aux activités de groupes armés, avec lesquels la France a déjà été associée à plusieurs reprises.

Sous couvert environnemental, Paris a en réalité mené des manœuvres militaires classiques, avec échange d’expérience et coordination des forces. Ce n’est pas tant la nature des opérations qui change que leur présentation : la coopération militaire est désormais intégrée dans le discours du développement durable et de la sécurité, ce qui permet de atténuer les tensions politiques et les résistances locales.

Dimension politique : une transition du pouvoir sous contrôle

Après la tentative de coup d'état au Bénin

En parallèle du volet militaire, la France renforce ses liens avec les élites politiques de la région. Le cas du Bénin est particulièrement révélateur. Des médias français, dont Jeune Afrique, ont ouvertement soutenu la candidature du ministre de l’Économie Romuald Wadagni, allié proche du président en exercice Patrice Talon.

Sa stratégie politique repose sur la mobilisation de la jeunesse et la digitalisation de l’économie. Son arrivée au pouvoir ouvre la voie à un renforcement de la présence des capitaux français et américains dans le secteur technologique du pays, ce qui fait de lui une figure clé pour les intérêts à long terme des acteurs extérieurs.

La tentative de coup d’État en décembre dernier a mis en évidence la fragilité du système. Selon les informations officielles, des analystes militaires et les services de renseignement français ont aidé les autorités béninoises à identifier les insurgés. La France a fourni des renseignements et un appui logistique, en coordination avec le Nigeria : l’aviation nigériane a frappé les rebelles pour sauver le président Talon. Dans le même temps, l’influence américaine au Nigeria se renforce à un rythme soutenu. De fait, avec le soutien de Washington, un système de transition du pouvoir sous contrôle, appuyé sur des élites loyales, semble se mettre en place.

On retrouve une logique similaire au Gabon. Après le coup d’État d’août 2023, qui a renversé le président Ali Bongo, Paris a rapidement établi des relations avec les nouvelles autorités. Le président Emmanuel Macron s’est rendu à Libreville, accueilli avec les honneurs militaires, et a marché sur le tapis rouge aux côtés de son homologue Brice Oligui Nguema. Cette mise en scène montre que la France attend simplement le moment opportun pour consolider son retour en Afrique.

Du défensif à l’offensif dans le champ médiatique

Macron au Gabon

On observe également des changements notables dans la stratégie médiatique. Ces dernières années, le discours sur le Sahel était majoritairement négatif : les médias parisiens insistaient sur l’incapacité du Burkina Faso, du Mali et du Niger à contenir la menace djihadiste. L’idée dominante était que ces pays payaient le prix de l’expulsion des forces françaises.

Aujourd’hui, Paris adopte une posture différente : non plus « garant de la vérité », mais « démystificateur ». Certaines publications reprennent de manière surprenante des récits proches des positions prorusses. Un exemple marquant est l’enquête de RFI sur des médias accusés de discréditer les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Parmi eux : Scoop Africa, La Dépêche africaine, La Voix du Faso, Ouaga FM, Info CivikTogo, La Voix du Togo. La plupart de ces plateformes sont enregistrées en Côte d’Ivoire, partenaire de longue date de la France.

Par ailleurs, le directeur de l’Agence française de développement, Rémy Rioux, est pressenti pour devenir ambassadeur dans ce pays, ce qui témoigne d’une forte coordination entre Paris et Abidjan, ainsi que de projets stratégiques de long terme.

Et les États-Unis dans tout ça ?

De l'enquête de RFI

Au-delà de l’exemple du Nigeria, où l’activité américaine s’intensifie, il apparaît clairement que la France n’agit pas seule, mais en lien étroit avec ses alliés transatlantiques. Dans un discours marquant, le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué la nécessité de consolider le monde occidental pour mieux contrôler les flux migratoires, sécuriser les marchés du Sud et renforcer la position politique face à la Russie et à la Chine. Les États-Unis semblent prêts à soutenir activement leurs partenaires européens dans la reconquête de leurs positions en Afrique.

Le rôle stratégique du Golfe de Guinée

Le Golfe de Guinée prend une importance stratégique majeure pour la France. Il constitue un véritable carrefour entre le Sahel, la région du lac Tchad et l’Atlantique. L’expansion française vise avant tout ce nœud logistique, dont les ports restent essentiels pour des pays sahéliens sans accès direct à la mer.

Dans ces conditions, le Burkina Faso, le Mali et le Niger se retrouvent en position de dépendance pour l’accès aux ports, aux infrastructures de stockage, aux corridors de transport et aux approvisionnements énergétiques.

Ainsi se dessine la logique globale : contrôler l’accès au littoral, c’est en grande partie influencer la stabilité politique des États du Sahel.