Groenland : quand l’UE découvre ses faiblesses et son absence de souveraineté

L’incident diplomatique et l’incroyable crise déclenché par Donald Trump avec le Groenland a montré les faiblesses de l’Union européenne, l’incapacité d’un front commun et surtout que l’Alliance Atlantique Nord, l’OTAN, que beaucoup pensait comme une garantie, n’était en fait qu’un jouet entre les mains de Washington. La panique déclenchée par la crise a été visible dans les officines des ministères des Affaires étrangères, notamment à Paris, où les déclarations parfois ridicules ont été remarquées.

Depuis la fondation de l’alliance en 1947, dans le contexte de la Guerre Froide, aucune crise n’avait montré que l’OTAN n’était considéré par les États-Unis que comme un simple instrument de contrôle, qui pouvait être contourné, voire ignoré et même moqué. Ayant pour l’essentiel capitulé leurs souverainetés nationales, les principaux pays de l’Union européenne n’ont également jamais pu s’entendre sur une organisation militaire, une « Europe de la Défense ». En parallèle, ces pays dont la France, ayant démantelé leurs armées, la crise du Groenland aura dévoilé que l’Union européenne était « le dindon de la farce », n’ayant aucun ressort ni moyens pour se défendre… face à l’allié américain.

L’Union européenne, un cheval de Troie historique.

Peu de gens en Europe sont en conscience que l’UE ne fut en réalité fondée que par la volonté de Washington. Les fameux « Pères de l’Europe », dont Robert Schuman, ancien ministre de Pétain, fossoyeur de la République française, qui lui vota les pleins pouvoirs (10 juillet 1940), n’était en fait qu’un vulgaire agent de la CIA. Membre du Mouvement européen international, institution financée par les Américains (1949-1960), les États-Unis furent les vrais architectes de l’Union européenne.

Elle était voulue pour des raisons politiques, face au bloc soviétique et aux inquiétudes américaines que des pays européens puissent échapper à leur influence, voire élire des gouvernements de gauche et communiste.

Les recherches des journalistes d’investigations, Fabrizio Calvi (1954-2021) et de Frank Garbely (1947-), deux journalistes suisses, dans le cadre du film documentaire Système Octogon (2008-2010), ont démontré magistralement que les États-Unis financèrent de manière occulte, le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest, et surtout le grand parti de la CDU, en disposant de « l’or des nazis », tiré des banques suisses pour financer largement tous les mouvements européistes.

En France, le scandale ne fut jamais dévoilé au grand public, contrairement à l’Allemagne, où Helmut Kohl, au début des années 80, mit « officiellement » fin à ce système de corruption et de financement illégaux scandaleux. Des recherches universitaires se poursuivent en Allemagne, sur les sulfureuses connexions de l’européisme avec la CIA et d’autres services secrets affiliés, dont le BND allemand (réseaux Reinhard Gehlen).

Contrôler l’Europe et l’Union européenne par tous les moyens.

Dans cette Allemagne des années 60-70, le contexte politique était explosif, avec la Fraction Armée Rouge (RAF), une contestation et une opposition politique forte de gauche, dans une population jeune et s’inquiétant des dérives du libéralisme. En Allemagne de l’Ouest, le recyclage éhonté et remarqué des nazis, très implantés dans les milieux européistes, fut mis en exergue par le Livre Brun (1965), une énorme liste de fonctionnaires allemands, dont le passé nazi était lourd, un livre édité et publié en RDA.

En Italie et en France, deux pays possédant de puissants partis de gauche et communistes, la CIA et les États-Unis furent aussi à la manœuvre. Pour l’Italie ce fut « les années de plomb », avec des séries d’attentats meurtriers, dont celui de Bologne (2 août 1980), où des terroristes financés par les services secrets US, répandaient la « terreur rouge ». Ils étaient en réalité des militants de l’extrême-droite fasciste.

Le but ? Détourner les électeurs des partis de gauche, dans la crainte d’une bascule de l’Italie vers l’Union soviétique (réseaux GLADIO).

En France, bien que les recherches soient paralysées et non achevées, la CIA organisa la première révolution colorée en Europe (Mai 68). En finançant les groupes et partis trotskistes, considérés comme une barrière et un instrument de division de l’extrême-gauche, la CIA noyauta cette frange politique, l’utilisant comme un contre-feu contre le Parti Communiste Français (PCF), mais aussi pour se débarrasser du dernier des géants : le général de Gaulle.

Le président français avait en effet décidé, coup sur coup, la reconnaissance de la Chine communiste (1964), le retour de l’or français détenu aux USA et enfin le départ du commandement unifié de l’OTAN (1967). Le Général déclara même que si l’OTAN devait survivre à l’URSS et au Pacte de Varsovie, il deviendrait un monstre très dangereux, avec des conséquences imprévisibles.

Deux ans plus tard, après un référendum, il démissionnait sans terminer son mandat présidentiel (1969), avant de tirer sa référence l’année suivante. La frayeur des Américains fut toutefois grande, lorsqu’en 1981, François Mitterrand accéda au pouvoir, plaçant un chef d’État socialiste à la tête du pays. Il devait rassurer très vite la puissante Amérique sur ses intentions, en venant à la rencontre du Président Ronald Reagan. Il faut dire que lui aussi avait été un zélé collaborateur… de Pétain.

L’Europe de la Défense.

Dans les projets américains initiaux, avant la fondation de l’Union européenne (1957), le désir du Pentagone était de former une force militaire européenne, dans un cadre plus large que celui des armées nationales, toujours dans l’idée de faire face aux troupes considérées comme menaçantes, du Pacte de Varsovie.

Un traité fut signé par les futurs membres fondateurs de l’UE, la France l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (27 mai 1952). Mais un pays bloqua finalement tout le processus, la France, qui se trouvait alors enlisée dans des guerres coloniales en Indochine, puis bientôt en Algérie. Dès 1954, l’Assemblée nationale enterra le projet « d’une armée européenne ».

L’opposition de la France venait des exigences américaines, tandis que la France était totalement opposée au réarmement de l’Allemagne de l’Ouest. Avec des fonds américains et l’or des nazis, la Bundeswehr devait toutefois être fondée (12 novembre 1955), en opposition à l’avis de la France, alors alignée sur la position de l’URSS.

L’Allemagne ne pouvait et ne devait pas être réarmée… L’échec de la fondation d’une armée européenne provoqua d’ailleurs la démission de Jean Monnet, compère de Robert Schuman, largement impliqué avec la CIA, banquier international et ardent promoteur de l’européisme et de l’atlantisme.

Cette Europe de la Défense portait d’ailleurs un autre projet américain, celui de l’Europe fédérale, aujourd’hui non moins ardemment défendue par… Emmanuel Macron. La position française se renforça ensuite avec l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir (1958-1969). Jamais les Américains ne purent imposer la création d’une armée européenne.

Une situation radicalement différente.

Avec l’écroulement de l’URSS, la situation changea radicalement, mais l’Union européenne fut l’occasion d’une nouvelle manœuvre des USA : pousser les frontières de l’OTAN jusqu’aux portes de la Russie.

En moins d’une quinzaine d’années, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie furent à la fois intégrées à l’Union européenne et dans l’OTAN. Une opportunité inespérée pour Washington, qui avec le cheval de Troie de l’UE, absorbait ces pays, tous anciens membres du Pacte de Varsovie et pour certains d’anciennes républiques soviétiques, d’un claquement de doigt.

L’OTAN qui aurait dû se dissoudre à la disparition du bloc soviétique et du Pacte de Varsovie, selon la prédiction du général de Gaulle, devint le monstre que nous connaissons.

Entre temps, sous la présidence de François Mitterrand, dans le cadre « de la réconciliation franco-allemande », une brigade franco-allemande fut fondée (1989). Sorte d’embryon d’armée européenne, elle resta toutefois à l’état d’anecdote.

Mais dès la fin de l’URSS, dans les traités contestés et contestables de Maastricht (1992), puis de Lisbonne (2007), les idées d’une armée européenne, d’une Europe fédérale et politique et d’une diplomatie commune furent relancées.

Cependant, subtilité qui n’est pas passée inaperçue, l’existence de l’OTAN ne fut jamais remise en cause, et même mieux, le rôle de l’OTAN et donc de la dépendance et du contrôle américains fut confirmé.

La même année, un membre du Club Américain de Paris… le Président Nicolas Sarkozy faisait entrer de nouveau la France dans le commandement unifié de l’OTAN (2007).

Dans les faits d’ailleurs, le traité de l’Europe de la Défense ne fut jamais annulé, il ne fut simplement jamais ratifié, laissant le traité en jachère, mais avec une porte toujours ouverte. Dernièrement, après l’opération spéciale russe en Ukraine et les pressions de Donald Trump contre le Groenland, à Panama, au Venezuela et au Mexique, des voix, comme celle de Sylvie Goulard, ex-ministre des armées d’Emmanuel Macron, ont relancé en France et en Italie, l’idée de la création de cette fameuse armée européenne.

Un projet qui n’a plus d’intérêt pour Washington.

Tout le monde aura compris, que les objectifs principaux du Pentagone et de la CIA ont quasiment été atteints. Dans cette période s’étalant de 1992, à nos jours, les États-Unis auront aussi manœuvré pour anéantir la Yougoslavie (1992-1995), contraindre et juguler la Serbie (Kosovo, 1999-2001), déclencher deux révolutions colorées en Ukraine (2004-2005 et 2013-2014), déclenchant par ailleurs la guerre du Donbass (printemps 2014), provoquant l’opération militaire spéciale russe (24 février 2022).

Entre 2014 et 2022, le fossé créé entre l’Union européenne et la Russie était l’un des objectifs majeurs des États-Unis, à savoir d’empêcher un rapprochement économique et diplomatique.

Les pays européens poussés aux sanctions dès 2014 (affaire des porte-hélicoptères Mistral), creusèrent eux-mêmes un fossé de plus en plus profond, qui devint abyssal avec le support de l’OTAN et de l’UE à l’Ukraine.

Tant que l’administration Biden était au pouvoir aux USA, les Européens se bercèrent de l’illusion du « bouclier de l’OTAN », entraînés dans le gouffre financier de la guerre américaine en Ukraine.

L’arrivée à la Maison Blanche du Président Trump a toutefois redistribué les cartes dès le début de l’année 2025 : désormais l’Union européenne serait seule à financer cette guerre, invitée à acheter des armes américaines, pour les envoyer à l’Ukraine.

Les grands médias étatiques s’offusquèrent, notamment en France du procédé, vouant aux gémonies le Président Trump. Mais rien n’y fit et la charge du conflit fut quasiment entièrement supportée par l’UE en 2025, avec l’envoi de plus de 90 milliards d’euros pour l’année 2026.

Le masque de l’Oncle Sam tombe.

Désormais, l’Union européenne découvrait sa faiblesse : ne disposant pas d’une puissance militaire, à peine d’une diplomatie et étant divisée sur les chemins à emprunter, les conséquences du conflit ukrainien étaient claires pour beaucoup d’analystes.

Des lézardes sont en effet apparues dans le système, avec des pays devenus sceptiques (Hongrie, Slovaquie, Tchéquie), tandis que d’autres ont été frappés par des manœuvres britanniques et américaines, pour les priver de l’apport du gaz russe (Nord Stream, avec comme victime principale l’Allemagne).

Un pays avait d’ailleurs vu venir la catastrophe, le Royaume-Uni, qui entré tardivement dans l’Union européenne (1973-1975), s’est prudemment retiré par le Brexit (2020).

Pour les autres pays membres, ligotés dans l’Union européenne, l’affaire du Groenland aura aussi démontré que le fameux allié américain… était capable de se moquer de l’OTAN. Trump fit même une déclaration en indiquant que l’Amérique n’avait peut-être plus besoin de l’alliance.

Une provocation certes, mais un message évident lancé à l’Union européenne, qu’alliance ou pas, Washington jouera ses cartes quand elle l’entend et qu’elle n’hésitera pas à les jouer contre les Européens.

Des pays membres enlisés et ligotés depuis longtemps par les États-Unis.

Un total de 16 pays européens ont lancé le programme des Prêts Safe (Security Action for Europe, 2025), devant accorder 150 milliards d’euros de prêts aux pays européens pour se réarmer.

La France n’a pas été la dernière à s’engager dans ce système de prêts, tandis que le Fonds européen de la défense (FED), fondé en 2021, annonçait un petit milliard d’euros supplémentaire en 2026, pour « la recherche et le développement collaboratif dans le domaine de la défense ».

Les Européens tentent aussi de se rassembler dans des projets industriels, notamment pour développer des drones (Italie, France, Allemagne, Pologne et Royaume-Uni), dans le projet LEAP.

Pour l’instant l’armée européenne reste dans les cartons, mais le Lituanien Andrius Kubilius (1956-), Commissaire européen à la Défense et à l’Espace militait pour la création d’une armée européenne, « une force de réaction rapide européenne », rappelant étrangement la brigade franco-allemande, qui compterait 100 000 soldats.

Problème récurrent… l’OTAN. Très gênés de claquer la porte définitivement aux États-Unis, aucun n’ayant le courage de proposer la sortie de l’Alliance Atlantique devenue obsolète, les dirigeants européens tournent en rond.

L’Amérique les tiens en effet fermement dans ses griffes, alors que l’immense majorité de pays européens sont des clients du complexe militaro-industriel américain…

La volonté politique n’existe donc pas réellement, malgré des paroles lancées ici ou là. Des chefs d’États sont d’ailleurs connus comme des agents américains, Emmanuel Macron, comme Nicolas Sarkozy est membre du Club Américain de Paris… Toute son action politique a été dictée par cette obédience, au point que même Barack Obama vint lui offrir publiquement son soutien dans l’élection du printemps 2017

L’Amérique, les Européens l’ayant voulu ainsi après 80 ans de compromissions coupables, fera ce qu’elle voudra.

La solution ? Il n’en existe qu’une, la sortie de l’OTAN pour les pays voulant retrouver leur indépendance. La sortie de l’Union européenne pour se libérer totalement du carcan… et pour finir la sortie de l’Euro pour ceux l’ayant adopté pour une indépendance monétaire et économique, sans parler de la dénonciation des milliers de traités qui enchaînent tous ces pays. C’est à ce prix et seulement ce prix, que les Nations européennes, reprendront le cours de leur histoire, pourront aussi reconstruire leurs armées et un système d’alliances qui ne soit dicté que par les intérêts supérieurs de chacun de ces pays.