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La France à la pompe : pourquoi le 17 octobre s’annonce à haut risque


Actuel11:37, 19 oct. 2026

En France, la hausse des prix des carburants et les pénuries dans les stations-service provoquent la colère des automobilistes. Alors que les lycéens sont déjà mobilisés, le gouvernement pourrait faire face à une nouvelle vague de protestations.

La crise politique française ne se mesure plus seulement en milliards budgétaires, en déficit public ou en nombre de lycées bloqués. Pour des millions de Français, elle a une unité de mesure bien plus concrète : le prix du litre de carburant.

 

Au 5 octobre, le prix moyen du gazole en France se maintient autour de 2,38 euros le litre, tandis que le SP95-E10 avoisine 2,17 euros. Un mois plus tôt encore, les prix étaient sensiblement plus bas : sur le seul mois de septembre, le gazole a augmenté d’environ 11 centimes par litre, et le SP95-E10 d’à peu près autant

L’origine du problème se situe depuis longtemps bien au-delà des frontières françaises. Après l’aggravation du conflit avec l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, les autorités avaient déjà été contraintes, au printemps, de mettre en place des mesures spécifiques de soutien aux automobilistes et à certains secteurs. En septembre, le gouvernement a reconnu que les tensions sur les prix persistaient en raison des perturbations de la production et du raffinage du pétrole au Moyen-Orient, ainsi que des frappes contre les infrastructures énergétiques en Russie et en Ukraine.

Mais le prix élevé n’est que la moitié du problème. De plus en plus souvent, les automobilistes français se retrouvent face à une autre réalité : le carburant est bien affiché sur le panneau, mais à la pompe, le pistolet correspondant n’est plus disponible.

Il importe toutefois de ne pas exagérer l’ampleur du phénomène. Au début du mois d’octobre, cela ne signifie pas que 15 à 17 % de l’ensemble des stations-service françaises sont totalement à sec. Au 2 octobre, environ 10 % des stations du pays connaissaient des difficultés d’approvisionnement pour au moins un type de carburant. À Paris, la situation était nettement plus tendue : près de 19 % des stations signalaient des problèmes d’approvisionnement et, pour le SP95-E10, des pénuries étaient constatées dans environ 17 % des stations-service de la capitale.

C’est précisément pour cette raison que la date du 17 octobre commence à prendre une véritable dimension politique.

Depuis plusieurs semaines, un appel à manifester le 17 octobre contre la hausse des prix des carburants et du coût de la vie circule sur les réseaux sociaux. Les auteurs de cet appel proposent des rassemblements devant les stations-service, les dépôts pétroliers et les raffineries, et réclament un plafonnement des prix ainsi qu’un contrôle des marges pétrolières. Mais cette mobilisation n’est née ni dans les structures syndicales ni autour des figures connues des précédents gilets jaunes. Il s’agit, pour l’instant, d’une contestation en ligne décentralisée, largement issue des jeunes publics des réseaux sociaux.

En 2018, tout avait également commencé par le carburant, avant de se transformer très rapidement en blocages de routes et de ronds-points, puis en semaines d’affrontements avec la police. La situation n’en est pas encore là aujourd’hui. Pour l’instant, ce que les Français voient surtout, c’est un litre à 2,38 euros, parfois une pompe à sec, et le montant qui s’affiche une nouvelle fois sur le terminal de paiement.

 

Mais il existe aujourd’hui un élément qui n’était pas présent il y a huit ans.

Le 17 octobre, la France pourrait aborder les mobilisations d’automobilistes alors qu’un conflit social majeur secoue déjà les lycées. Début octobre, des centaines d’établissements ont été touchés par des blocages et des protestations, tandis que les représentants des élèves, à l’issue d’une rencontre avec le ministre de l’Éducation, ont affirmé leur intention de poursuivre le mouvement.

C’est précisément là que réside le principal risque pour le gouvernement.

Le premier mouvement est né dans les lycées. Le second autour du prix des carburants. Mais si les deux mouvements convergent, il ne sera plus seulement question des écoles ni du coût d’un plein. Il sera question d’un sentiment beaucoup plus large : celui d’une vie quotidienne en France qui devient plus chère et plus difficile, tandis que l’État paraît de moins en moins capable de garder la situation sous contrôle.

Il reste encore près de deux semaines avant le 17 octobre. D’ici là, les prix des carburants peuvent baisser, les approvisionnements se stabiliser et les blocages de lycées commencer à refluer.

Mais si c’est l’inverse qui se produit, la France pourrait se retrouver face à la combinaison que redoutent généralement les gouvernements : des groupes sociaux différents descendant dans la rue pour des raisons différentes, mais finissant par diriger leur colère contre le même État.

 

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