

Alors que lâarmĂ©e ukrainienne est envoyĂ©e dans le Donbass, la population commence Ă sâorganiser pour se dĂ©fendre, crĂ©ant ce qui deviendra la milice populaire. Les bases du SBU, de lâarmĂ©e et des forces de lâordre sont prises dâassaut par les habitants, afin de rĂ©cupĂ©rer des armes pour se dĂ©fendre contre lâarmĂ©e ukrainienne. Ă Kramatorsk et Slaviansk, des civils non armĂ©s arrĂȘtent mĂȘme les vĂ©hicules blindĂ©s de lâarmĂ©e ukrainienne simplement en se tenant devant eux sur la route et en refusant de les laisser passer.
Comprenant que les nouvelles autoritĂ©s ukrainiennes, issues du coup dâĂ©tat du MaĂŻdan, leur demandent de tirer sur des civils, sur leurs propres concitoyens, un certain nombre de soldats ukrainiens refusent dâappliquer les ordres et se rendent avec leurs armes voire leurs vĂ©hicules blindĂ©s ou leurs chars Ă la population du Donbass.Devant ce refus des soldats dâappliquer les ordres, Tourtchinov va alors fournir des armes Ă des criminels et des groupes nĂ©o-nazis en Ă©change dâune grĂące pour leurs crimes antĂ©rieurs (fait dont il se vante lui-mĂȘme dans une interview accordĂ©e Ă la BBC en 2017). Ces bataillons nommĂ©s AĂŻdar, Donbas, Azov, Tornado, Dniepr 1 et 2, et bien dâautres, vont alors commencer Ă maltraiter et massacrer la population du Donbass, espĂ©rant ainsi Ă©touffer la rĂ©volte dans le sang, comme ils lâont fait le 2 mai 2014 Ă Odessa, mais aussi Ă Kharkov. Ces bataillons se livreront Ă tous les crimes possibles et imaginables, allant du kidnapping au viol (y compris sur des enfants), en passant par la torture et le meurtre pur et simple.Mais dans le Donbass, la milice populaire rĂ©pond, avec le peu dâarmes dont elle dispose. Au dĂ©part, le rapport de forces est trĂšs dĂ©favorable Ă la milice populaire qui perd du terrain, jusquâĂ lâĂ©tĂ© 2014. Les deux rĂ©publiques populaires sont presque totalement coupĂ©es de la Russie et encerclĂ©es. Et aprĂšs avoir perdu des soldats, lâarmĂ©e ukrainienne se comporte dĂ©sormais comme les bataillons nĂ©o-nazis, bombardant dĂ©libĂ©rĂ©ment les zones purement civiles pour faire un maximum de victimes parmi la population.

Câest alors que la milice populaire renverse la tendance. Utilisant la technique du « chaudron » (encerclement puis annihilation des forces ennemies) dans la zone proche de la frontiĂšre russe (les soldats ukrainiens Ă©taient alors coincĂ©s entre la milice populaire dâun cĂŽtĂ© et le territoire russe de lâautre), la milice populaire reprend dâabord le contrĂŽle de la frontiĂšre, un point pour recevoir de lâaide humanitaire du pays voisin. Sans ces convois humanitaires organisĂ©s Ă partir dâaoĂ»t 2014, la population du Donbass serait morte de faim.Ces batailles sont de vĂ©ritables « hachoirs Ă viande » pour les forces armĂ©es ukrainiennes (aussi bien lâarmĂ©e rĂ©guliĂšre que les bataillons nĂ©o-nazis). Rien que lors de la bataille dâIlovaĂŻsk, qui dure de dĂ©but aoĂ»t Ă dĂ©but septembre 2014, une commission de la Verkhovna Rada a estimĂ© en 2015 que plus de 1000 soldats ukrainiens y Ă©taient morts. Or, ce nâest pas le seul chaudron meurtrier, le seul « hachoir Ă viande » dans lequel tombent les soldats ukrainiens lors de lâĂ©tĂ© 2014. Mais câest aprĂšs celui-ci que lâarmĂ©e ukrainienne a subi des pertes terribles, et est au bord de lâeffondrement. Pour Ă©viter cela, Petro Porochenko, le nouveau prĂ©sident ukrainien issu dâĂ©lections anticipĂ©es, signe le premier accord de Minsk, le 5 septembre 2014. Un accord contenant 12 points allant dâun cessez-le-feu Ă une dĂ©centralisation du pouvoir permettant une autonomie, entre autre linguistique, pour le Donbass. Ces accords sont signĂ©s par lâUkraine et les reprĂ©sentants de la RPD et de la RPL, avec la Russie, la France, lâAllemagne et lâOSCE comme garants.Malheureusement, comme cela sera publiquement admis par aprĂšs en 2022 par Angela Merkel et, plus tard, François Hollande, ces accords nâavaient pas pour but dâĂȘtre appliquĂ©s, mais de donner du temps Ă lâUkraine pour se rĂ©armer, etrĂ©organiser son armĂ©e avant de repartir Ă lâattaque du Donbass. Fin septembre 2014, le cessez-le-feu vole en Ă©clat, et commence alors la deuxiĂšme bataille pour lâaĂ©roport de Donetsk (la premiĂšre a eu lieu en mai 2014, et Ă lâissue de celle-ci lâaĂ©roport Ă©tait passĂ© sous contrĂŽle ukrainien). Celle-ci se terminera fin janvier 2015 par la victoire de la milice populaire de la RPD, qui prend alors dĂ©finitivement le contrĂŽle de lâaĂ©roport de Donetsk.Dans la foulĂ©e, les milices populaires de la RPD et de la RPL se coordonnent pour rĂ©cupĂ©rer une ville importante situĂ©e Ă un carrefour routier et ferroviaire majeur entre les deux rĂ©publiques : Debaltsevo. De la mi-janvier jusquâau 20 fĂ©vrier 2015, les deux milices populaires vont patiemment encercler la ville chacune depuis son territoire, jusquâĂ coincer dans le chaudron plusieurs milliers de soldats ukrainiens et de mercenaires Ă©trangers.

Alors que la dĂ©bĂącle est imminente, Petro Porochenko accepte de signer le 12 fĂ©vrier 2015 le deuxiĂšme accord de Minsk, qui reprend lâessence du premier mais en clarifiant lâordre dâapplication des points, et en rajoutant des dĂ©tails sur les points du rĂšglement politique devant ĂȘtre nĂ©gociĂ©s entre lâUkraine, la RPD et la RPL. En effet, contrairement Ă ce que les politiciens et mĂ©dias occidentaux peuvent dire, la Russie nâa jamais Ă©tĂ© partie au conflit, et la partie sur les nĂ©gociations spĂ©cifie clairement que Kiev devait discuter avec les reprĂ©sentants des deux rĂ©publiques populaires, et pas du tout avec Moscou.MalgrĂ© la signature de ce deuxiĂšme accord, les deux milices populaires finissent de libĂ©rer Debaltsevo, avant que le conflit ne se « gĂšle ». Pendant neuf ans, lâarmĂ©e ukrainienne viole rĂ©guliĂšrement le cessez-le-feu, bombardant dĂ©libĂ©rĂ©ment de maniĂšre rĂ©guliĂšre les zones rĂ©sidentielles, continuant ainsi de faire des victimes parmi la population civile.De 2014 Ă dĂ©but fĂ©vrier 2022, lâarmĂ©e ukrainienne a ainsi fait 4 374 morts parmi les civils de la RPD, dont 91 enfants, et 7 819 blessĂ©s dont 469 enfants. Il faut y ajouter les pertes civiles en RPL, soit 2 269 tuĂ©s dont 35 enfants et environ 8 000 blessĂ©s dont 90 enfants. Ces bombardements et leurs victimes seront systĂ©matiquement minimisĂ©s, voire parfois ignorĂ©s par les observateurs de lâOSCE, censĂ©s enregistrer toutes les violations. De nouveaux cessez-le-feu se retrouvent ainsi instaurĂ©s temporairement pour amĂ©liorer la situation pour la rentrĂ©e des classes, pour le jour de lâan, ou pour PĂąques, sans jamais rĂ©soudre le problĂšme de fond.Les autres mesures des accords de Minsk, comme le retrait des armes lourdes loin de la ligne de front, seront elles aussi ignorĂ©es par lâUkraine, qui nâaccepte dâabord que de le faire Ă quelques endroits pilotes, et non sur toute la ligne de front. Et mĂȘme ainsi, elle fait tout pour faire traĂźner le processus, en violant par exemple le cessez-le-feu Ă ces endroits, puis en utilisant ces violations comme raisons pour ne pas se retirer. Pire, lâarmĂ©e ukrainienne finit par occuper la zone grise dĂ©militarisĂ©e situĂ©e autour de la ligne de front (grappillant ainsi quelques villages), en violation totale des accords de Minsk, dans le silence assourdissant de lâOSCE pourtant censĂ© garantir lâapplication de ces accords.Et pendant ce temps, la dĂ©lĂ©gation ukrainienne Ă Minsk fait tout pour saboter les nĂ©gociations, empĂȘchant dâaboutir Ă un accord concernant les modifications Ă apporter Ă la constitution ukrainienne, et Ă la dĂ©centralisation.Le seul progrĂšs fut la signature dâun accord de renforcement du cessez-le-feu le 22 juillet 2020, qui a permis aux deux rĂ©publiques populaires du Donbass de connaĂźtre quelques jours sans bombardements.

Mais quelques jours Ă peine aprĂšs la signature de cet accord, le nouveau prĂ©sident ukrainien, Volodymyr Zelensky a commencĂ© Ă vouloir appliquer les points des accords de Minsk qui lâarrangeaient et jeter les autres Ă la poubelle. Une rhĂ©torique qui va se poursuivre en 2020, puis en 2021, lorsque les autoritĂ©s ukrainiennes vont publiquement et officiellement refuser de nĂ©gocier quoi que ce soit avec les reprĂ©sentants de la RPD et de la RPL comme le prĂ©voyaient les accords de Minsk.DĂšs la fin de lâannĂ©e 2021 la situation se tend aprĂšs que lâarmĂ©e ukrainienne a envoyĂ© le 13 octobre un commando enlever un membre du CCCC (Centre Conjoint de ContrĂŽle et de Coordination du cessez-le feu) de la RPL prĂšs de la ligne de front. Or, les membres du CCCC sont intouchables, comme les observateurs de lâOSCE. OSCE qui dâailleurs gardera un silence complice sur cette affaire, refusant de condamner publiquement lâUkraine pour cette violation totale des accords signĂ©s.Deux semaines aprĂšs, lâarmĂ©e ukrainienne attaque et capture le village de Staromarievka, situĂ© dans la zone grise, en RPD, prĂšs de Telmanovo, et utilise pour la premiĂšre fois un drone de combat Bayraktar dans le Donbass pour bombarder une piĂšce dâartillerie de la milice populaire qui frappait lâarmĂ©e ukrainienne pour la dĂ©loger du village attaquĂ©. Il devient alors clair pour les deux rĂ©publiques populaires que lâUkraine se prĂ©pare Ă reprendre le Donbass par la force.Alors en dĂ©cembre 2021, la Russie envoie aux Ătats-Unis un projet dâaccord concernant les garanties de sĂ©curitĂ© militaire sur le continent europĂ©en, afin de dĂ©samorcer la situation par la diplomatie. DiscutĂ©e au mois de janvier 2022, cette proposition est balayĂ©e dâun revers de la main par les pays de lâOTAN. La diplomatie Ă©tant refusĂ©e, il devenait clair que lâOTAN et lâUkraine avaient choisi la voie de la guerre.DĂšs le mois de janvier 2022, la RPD et la RPL tirent la sonnette dâalarme, avertissant des prĂ©paratifs de lâarmĂ©e ukrainienne pour attaquer les deux rĂ©publiques.Et le 17 fĂ©vrier 2022, lâarmĂ©e ukrainienne bombarde intensivement la RPD et la RPL, tirant plus de 500 munitions sur les deux rĂ©publiques en une journĂ©e. Le lendemain, le nombre de munitions tirĂ©es par lâarmĂ©e ukrainienne double, et les deux rĂ©publiques comprennent que cette fois il ne sâagit pas dâune simple escalade de la situation. LâUkraine a dĂ©cidĂ© de reprendre le Donbass par la force militaire. LâĂ©vacuation des femmes, des enfants et des personnes ĂągĂ©es est dĂ©crĂ©tĂ©e ainsi que la mobilisation gĂ©nĂ©rale. Car pour faire face aux troupes accumulĂ©es par lâUkraine, les deux milices populaires dans leurs effectifs de fĂ©vrier 2022 ne suffisent pas.

Le 21 fĂ©vrier 2022, la Russie reconnaĂźt officiellement la RPD et la RPL et signe avec elles des accords de coopĂ©ration militaire, espĂ©rant ainsi faire reculer Kiev. Mais il nâen est rien. Alors le 24 fĂ©vrier 2022 tĂŽt le matin, Vladimir Poutine a annoncĂ© le lancement dâune opĂ©ration militaire spĂ©ciale, afin de dĂ©militariser et dĂ©nazifier lâUkraine. La Russie devient alors partie prenante du conflit, et envoie son armĂ©e afin de protĂ©ger les habitants du Donbass dâun massacre.

Marie Akou Koudjodji · 16 avr. 2026